Je suis tombée totalement par hasard sur ce film qui passait sur Canal + Cinéma. Le sujet m’a tout suite interpellée. Il s’agit des parcours parallèles de deux jeunes filles, Sonia et de Mélanie, respectivement 17 et 16 ans, qui vont se faire doucement mais sûrement embrigadées par Daesh.

Je me suis, en effet, toujours demandée comment des jeunes issus d’un cadre familial stable pouvaient se tourner vers le djihad. J’avais une idée préconçue, je pensais que les plus vulnérables étaient les jeunes isolés, en échec, qui trouvaient ainsi une sorte de reconnaissance, de sens à leur vie en rejoignant cette communauté.

J’ai compris que ces idées étaient fausses et que la démarche était bien plus complexe et profonde que ça. Se faire embrigader n’est pas l’apanage des adolescents musulmans à problèmes qui vivent dans les banlieues. La réalisatrice a fait, d’ailleurs, un choix judicieux en prenant délibérément comme personnages, deux jeunes filles blanches, choyées et élevées dans des milieux cultivés, pour ces rôles.

Le lavage de cerveau est parfaitement retranscrit. Ce sont à la base des jeunes filles qui tombent amoureuse ou qui ressentent le besoin de ne pas être sur terre seulement pour participer à la société de consommation. Elles ne se sentent pas à leur place dans la société occidentale et son côté superficiel, elles trouvent cette société quelque part un peu malade. Le désir pervers de l’argent, les migrants noyés, l’environnement détruit, la guerre sont autant de désillusions et de déceptions que ces adolescentes doivent encaisser et qu’elles ne supportent pas face à des parents qui semblent avoir déjà abdiqué avec l’âge.

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Lorsque Daesh les repère et met la main sur elles, il les culpabilise en leur reprochant leur placidité face aux injustices du monde, tout en les mettant sur un piedestal comme des êtres spéciaux capables de comprendre ce que personne ne saisit. Puis cette séduction se transforme lentement en harcèlement poussant les jeunes filles à se radicaliser jusqu’au moment où elles ne pourront pas faire demi-tour.

Le discours de Daesh apparaît séduisant dans son approche puisqu’il répond à des questions profondément existentielles auxquelles la société occidentale ne répond plus. Seulement cette réponse de Daesh n’est qu’une utopie qui s’effondre une fois sur place pour se révéler être une apologie de la haine et de la mort.

Si le film sonne si juste, c’est grâce au casting absolument génial : Clotilde Coureau, Sandrine Bonnaire, et évidemment les jeunes filles Noémie Merlant et Naomie Amarger. Les deux couples mère-filles sont sublimes incarnés avec une force et une sensibilité qui les rend parfaitement crédibles.

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Le résultat est incroyable puisqu’on prend conscience que le danger existe. Le film est d’autant plus bien construit que les personnalités des deux personnages principaux sont très différentes ce qui laisse penser que personne n’est à l’abri . L’une est forte de caractère et un peu rebelle tandis que l’autre est une enfant sage et particulièrement pure dans sa vision du monde.

Ce film est, à lui seul, une campagne de sensibilisation contre l’embrigadement. L’impact sur les familles y est traité avec justesse. On y voit le changement de personnalité des jeunes filles, l’impuissance totale des mères qui sombrent et la rupture inéluctable de relations mère-filles.

Ce que je retiens précisément de ce film, c’est que ces jeunes gens ne sont pas des déséquilibrés, bien au contraire ce sont des jeunes sensibles mais sincères dans leur souhait de sauver le monde ou dans leur amour pour ces personnes qui leur promettent un amour pur. Elles font juste preuve d’une naïveté qui suffit à les tromper.

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Bref, ce film m’a secoué. C’est pour moi une réalisation intelligente et instructive.

Je m’interroge à nouveau sur le chemin que prennent nos sociétés occidentales et sur l’absence d’idéal dont souffre cette jeunesse. Le travail est bien plus grand que le simple accompagnement de ces jeunes qui sont séduits par cet absolu que les intégristes proposent et qui n’est qu’un leurre. Il faut savoir vers quoi nous les accompagnons et c’est la question que je m’étais posée dans mon article Cherchons ailleurs et que je continue de me poser.

Je me suis retrouvée dans la fragilité psychologique de ces petites nanas de 17 ans pour lesquels on ne peut ressentir, à mon avis, que de l’empathie.

Tout le monde a une bonne raison de voir ce film, pour comprendre mais aussi pour prévenir s’il y a des adolescents dans le foyer. Pour moi, c’est une pépite.

 

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