Maitre,

Je vous ai voué pendant mes années de droit une admiration sans faille. Charismatique et brillant, j’ai beaucoup lu sur vous y compris vos romans. J’étais pleinement d’accord avec votre perception  de la justice étant là pour juger les coupables, pour les défendre, et non instituée pour ériger la victime sur un piédestal.

Vous représentiez le droit comme je l’avais imaginé lors de mon inscription en première année. Encore un peu gamine avec mon bac en poche je suivais des idéaux dont vous étiez une sorte d’emblème. Vous étiez pour moi l’avocat dans son essence même ce que permet cette noble matière qu’est le droit pénal. Vous faisiez briller ce qu’il reste de cette profession. J’étais fière d’exercer, quelque part, le même métier que vous.

Cependant j’ai été déçue et vous n’en avez surement que faire mais, pour moi, cela a toute son importance. C’était lors du petit journal du 29 mai 2017 où vous étiez l’invité de l’insupportable Cyril Eldin. J’ai eu peine à vous reconnaitre et j’ ai eu, sincèrement, un peu mal au cœur en entendant ces propos.

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Je me sais hypersensible à la cause animale mais j’essaye de rester mesurée, tolérante vis à vis de l’opinion des autres car j’accepte que nous n’ayons pas le même parcours, les mêmes tendances et les mêmes sensibilités. Cependant il y a un sujet sur lequel je n’ai aucune indulgence: c’est bien la tauromachie.

Je ne considère meilleur exemple de la violence gratuite des homme sur les animaux. C’est le comble de l’utilitarisme des animaux.  C’est même, pour moi, le symbole de ce qu’est la relation homme-animal dans nos sociétés, c’est à dire uniquement basée sur la domination et la violence.

Or , le 29 mai  2017 sur ce plateau , vous avez défendu la corrida, ou plutôt tenté de la défendre.

Vous dites ne pas confondre les hommes et les animaux. Le ton spéciste est posé. Je respecte la perception du monde de chacun. Spécisme et antispécisme est avant tout une question de ressenti. Pour ma part je me sens profondément terrienne, je considère  l’être humain comme un animal. Je pense que la supériorité que s’est arrogé l’homme n’est que le fruit d’une croyance qu’il a de lui même selon laquelle il aurait ce petit truc indéfinissable qui le rendrait supérieur à tout autre animal sans aucune démonstration scientifique.

« Je ne contrains personne à aller vers la corrida mais je souhaite que personne ne m’interdise à y aller »

Cet argument est celui de ceux qui n’ont pas d’argument. Il consiste à dire « Mais je suis libre de faire ce que je veux » . Il me semble qu’il  dans la société des principes supérieurs est que la souffrance animale en soit un. Cet argumentaire  sonne pour moi de la même manière que si vous disiez à une féministe que battre sa femme relève du choix de chacun. Je ne peux le considérer autrement que vide et dangereux.

Aussi, j’ai toujours appris que la liberté s’arrête là où commence celles des autres. Or il est pour moi patent que votre liberté d’aller à la corrida enfreint énormément celle du taureau, objet de tous les regards. Évidemment vous rejetterez mon argument puisque votre spécisme vous empêche de vous interroger sur les aspirations réelles du taureau. Juridiquement, je n’ai que le pouvoir de vous concéder que c’est juste.

« Le taureau qui n’est pas en stabulation, le taureau qui n’a pas les coucougnettes coupé, qui n’est pas la que pour faire de viande, qui vit 4 ans en pleine liberté en Andalousie… »

Selon vous il y a pire comme situation ou, en tout cas vous essayer de nous dire que  c’est moins pire que les animaux abattoir, je suppose. Le malheureux taureau a tout de même eu 4 ans de liberté sur ces 20 ans d’espérance de vie! Quelle chance! A croire qu’avoir un brin de liberté quand on est un animal est un luxe, une sorte de privilège pour vous, Monsieur Dupond-Moretti.

N’êtes vous pas capable de voir l’animal autrement qu’une chose qui pourrait vous être utile pour vous nourrir, vous vêtir ou vous divertir? Les animaux ne nous appartiennent pas.

 » Pensons d’abord aux hommes »

Faire primer l’homme est ce qu’implique la pensée spéciste. Vous comprendrez donc que cet argument n’est pour moi pas concevable. Cependant j’aimerai tout le même vous amenez à réfléchir dessus, si vous le permettez.
Considérer vous que l’intérêt de l’homme est plus important même lorsqu’il est aussi futile que de se divertir avec des spectacle morbide? Ne considérez vous pas que, même en étant spéciste, la souffrance animale pourrait avoir un intérêt supérieur à vos besoin de divertissement?

« Je sais ce que c’est de tuer un mouton. Je suis issu de la ruralité et je n’ai pas le même rapport aux animaux qu’on peut entretenir aujourd’hui lorsqu’on est d’extraction plus urbaine »

La comparaison entre tuer pour se nourrir et regarder un animal à l’agonie en guise de spectacle me laisse  perplexe…

Compatir à la condition animale serait, selon vous, un truc de gens de la ville un peu déformé par l’urbanisation. Or il est patent que les spectateurs de corridas sont plutôt aisés, prêts à payer le prix fort pour une place pas trop ensoleillée mais près de l’arène afin de contempler paisiblement mais précisément la barbarie en question.

Aussi, j’ai espoir que notre cadre familial n’agit pas sur nous comme un carcan duquel il est impossible de s’émanciper. Je pense et j’espère que vous tenez d’autre discours aux personnes que vous défendez. Personnellement ma perception du monde évolue selon mes lectures ou mes rencontres, par exemple et je suis heureuse de pouvoir dire que je grandis encore.

« Je trouve que c’est un spectacle magnifique, qu’un type qui se plante devant un taureau de 450 kilos c’est quelque chose qui m’émeut. »

Sur ce point là, je me demande sincèrement, Monsieur Dupond-Moretti, si vous n’avez pas vu trop de films… Et j’ai du mal a comprendre comment vous êtes capable de vous émouvoir d’une telle scène mais de rester insensible au sort des animaux qui est à mon sens plus violent.

D’autant plus que le combat, que vous trouvez si puissant,  n’est ni juste, ni loyal, puisque nous savons, grâce à des nombreuses enquêtes que le raccourcissement des cornes, la prise de sédatifs sont des pratiques qui se font dans les coulisses des corridas que vous aimez tant.

Pour se sentir vivant et vibrer, n’y a t-il pas des millier d’autres choses à faire que  contempler la domination de l’homme sur l’animal? Je ne sais pas,  conduisez une grosse cylindré, faite l’amour, sauter en parachute!

Vous n’avez cesser de proclamer l’intolérance de votre compagnon de plateau. Malgré la maladresse de celui-ci, je ne peux me ranger que dans son camps, oui,  Monsieur Dupond-Moretti, il y a des choses intolérables et vous êtes bien placé pour le savoir il me semble.

Il ne s’agit pas de vous faire devenir végan Monsieur Dupond-Moretti seulement plus concerné par le sort des animaux dans notre société du 21e siècle où l’homme a décidé d’avoir la main mise sur eux niant leur sensibilité qui est pourtant reconnu dans les textes. Aussi les corridas, presque toujours déficitaires sont subventionnées par les municipalités, or c’est de l’argent qui pourraient aller, à mon humble avis, dans de plus nobles causes.

Aujourd’hui, je ne vous apprend rien,  la corrida est une dérogation puisque l’article 521-1 du code pénal punit de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende « le fait d’exercer des sévices graves » ou « de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé » Exception ( et paradoxe!) faite pour certaines régions « des courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée ».

Ne dit-on pas que le droit s’adapte à la société pour en être le reflet? Les traditions vont et viennent, se construisent et se défont. Aujourd’hui je pense que la majorité de la population s’offusque que le droit tolère encore un tel spectacle? Peut on encore parler de tradition lorsque l’engouement ne concerne plus qu’une minorité? Le fait est qu’aujourd’hui la population est plus sensible à la souffrance animale et c’est ce que le droit doit désormais reconnaitre

Monsieur Dupond-Moretti, j’ai l’espoir que la piètre argumentation de ce 29 mai 2017 n’a pour seule explication que vous n’êtes pas convaincu.

 

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